Découverte #6 : Margaret Mead, anthropologue avant-gardiste

22/09/2021

Margaret Mead (1901 - 1978) est une anthropologue et ethnographe américaine. C'est dans l'Amérique puritaine de la fin des années vingt qu'elle publie un livre sur les habitants des îles Samoa et leur sexualité libre.

A partir de ses observations ethnographiques dans les sociétés océaniennes, elle montre à quel point les traits de caractère, les « tempéraments » masculins et féminins relèvent d'un conditionnement social. Mead appelait à l'époque « sexe social » ce qui aujourd'hui est désigné par le terme de « genre ».

Son ouvrage Mœurs et sexualité en Océanie, paru en 1935, est véritablement novateur pour l'époque, et trace déjà les grandes lignes de ce qu'étudieront, quelques décennies plus tard, les études de genre, à partir d'une analyse brillante des peuples océaniens avec lesquels elle a vécu.

Ce qui m'a frappée à la lecture de ce livre, c'est l'indépendance d'esprit de son auteure, qui parvient (certes, travail d'anthropologue...) à se défaire des préjugés et des automatismes mentaux de sa propre culture, pour remettre en question un de ses piliers fondamentaux : la différenciation sexuée des rôles et des comportements.

Pour vous faire une idée, en voici quelques citations (tirées de la version parue chez Plon en 1963) :

« Il nous est maintenant permis d'affirmer que les traits de caractères que nous qualifions de masculins ou de féminins sont pour un grand nombre d'entre eux, sinon en totalité, déterminés par le sexe d'une façon aussi superficielle que le sont les vêtements, les manières ou la coiffure qu'une époque assigne à l'un ou l'autre sexe. » (p. 312)

« Ce qui, à l'origine, n'était qu'une nuance du tempérament s'est transformé, sous l'influence sociale, en une caractéristique essentielle et inaliénable d'un sexe. » (p. 318)

« C'est cependant à des inadaptations beaucoup plus graves que s'expose toute société où la personnalité est fonction du sexe, où certains traits de caractère ont été assignés exclusivement aux hommes, d'autres aux femmes [...] » (p. 324)

« [...] les hommes qui se conforment le plus fidèlement aux normes définies par la société pour leur sexe, se montrent particulièrement ombrageux et même hostiles à l'égard des femmes atypiques qui, en dépit de l'éducation reçue, manifestent un tempérament semblable au leur. Pour que reste intacte leur conviction d'appartenir à leur propre sexe, il est nécessaire que le sexe opposé n'emprunte rien de leur personnalité type. [...] Ceux dont le tempérament est, sans doute possible, aberrant, ne parviennent pas à se conformer au code en vigueur, et, par leur présence même, par le caractère anormal de leurs réactions, jettent le trouble chez ceux qui sont doués du tempérament requis. » (p. 337)

« Et voilà une société où presque personne ne met en doute qu'il existe un comportement « naturel » différent pour chaque sexe, mais où personne ne sait vraiment en quoi consiste ce comportement « naturel ». Devant les définitions contradictoires qui en sont données, chaque individu est en droit de se demander s'il appartient authentiquement et complètement à son propre sexe. » (p. 340)

"[...] l'enrégimentation d'un sexe ne peut manquer d'entraîner, dans une plus ou moins large mesure, l'enrégimentation de l'autre. [...] Dans une société il n'est possible d'obliger les femmes à se conformer à un type de personnalité particulier (défini comme étant féminin) sans faire violence à l'individualité de bien des hommes." (p. 344)

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