Découverte #10 : Masha Gessen

03/06/2022

Si vous aimez les êtres qui luttent avec acharnement pour préserver les libertés, n'hésitant pas à braver la censure, les menaces de mort et Poutine en personne, capables d'abnégation, menant une vie riche et mouvementée pour aller au bout de leurs désirs sans concession, Masha Gessen ne vous décevra pas.

Née en 1967 à Moscou, dans une famille juive qui finira par se réfugier aux États-Unis pour fuir l'antisémitisme en 1981, Masha Gessen est une journaliste engagée dans la lutte pour les droits des minorités sexuelles en Russie, mais aussi contre toute forme de totalitarisme, dont elle a pu faire l'expérience dans son pays natal et qu'elle a su immédiatement déceler chez Trump. Impossible de raconter dans ce petit article les moultes aventures de son existence (qui est d'ailleurs loin d'être terminée) et de détailler le contenu de ses nombreuses œuvres. Résumons-en au moins quelques lignes.

Ayant à nouveau fui la Russie en 2013, cette fois avec sa propre famille, sa compagne et leurs enfants, contrainte par la nouvelle loi « anti-propagande gay » qui menaçait de retirer les enfants des couples homosexuels, elle vit aujourd'hui à New York. Pour ne pas subir le même destin que sa mère et sa tante, mortes très précocement de cancers du sein et des ovaires et dont elle aurait hérité les gènes, elle décide de se faire opérer et de prendre une légère dose de testostérone pour remplacer les hormones que son corps ne peut alors plus produire. Elle se considère à présent comme non-binaire et utilise pour elle un pronom neutre.

En 2017, elle reçoit le très prestigieux National Book Award pour son livre « The Future is history. How totalitarism reclaimed Russia », où elle retrace la vie de quatre russes ayant assisté à la chute de l'union soviétique et cru à l'espoir de voir sortir une démocratie des décombres, avant d'assister à la remontée du totalitarisme avec l'arrivée de Poutine au pouvoir. Elle montre aussi, à travers ces quatre histoires de vie, comment les minorités sexuelles sont peu à peu devenues des cibles privilégiées pour asseoir un pouvoir répressif.

Malheureusement, ce livre, traduit en de multiples langues, italien, espagnol, suédois, etc, et même polonais, n'est toujours pas traduit en français... (C'est un peu un comble, mais on ne va pas s'énerver. C'est comme « Trouble dans le genre », ouvrage majeur de Judith Butler, que les Français ont enfin daigné traduire quinze ans après sa parution aux Etats-Unis.)

En attendant, si vous voulez travailler votre anglais, vous pouvez trouver ses chroniques sur le site du New Yorker.

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